Credo

Qu’est-ce qu’interpréter pour moi?

Il y a quelques temps, une collègue interprète me disait: « Je traduis tout. » Ma conception de l’interprétariat est  à la fois plus modeste et plus exigeante. Il ne me suffit pas de faire passer un discours, une conférence, une intervention  de la langue source à la langue cible, par exemple de l’allemand vers le français, pour que l’auditeur suive à peu près ce que l’orateur dit ou veut dire. Pour cela, il suffirait presque, en effet, de travailler en amont ( s’ils sont disponibles) les textes, le vocabulaire, la construction de la phrase allemande en vue de sa transformation en phrase française.

Je veux comprendre ce que je traduis, assimiler l’univers intellectuel et émotionnel de l’orateur.  Quiconque  ayant une certaine expérience des langues sait qu’il existe souvent pour un mot d‘une langue plusieurs équivalents dans l’autre langue, et que le même mot, selon la discipline où il est employé, peut prendre différentes significations. Il sait aussi que le mot n’est pas la plus petite unité de sens d’une langue. Les phrases, et la position des mots dans la phrase sont, elles aussi, signifiantes. Bref, pour ces raisons et bien d’autres, il faudra encore attendre longtemps pour que des machines, même hautement perfectionnées, puissent remplacer les traducteurs et les interprètes. Comprendre est une affaire encore beaucoup trop complexe.

Pour comprendre ce que l’on traduit, il faut non seulement avoir une excellente connaissance de la langue source et de la langue cible. Il faut aussi les avoir fréquentées pendant de longues années, avoir un sens des nuances les plus fines, et enfin et surtout disposer d’une connaissance aussi profonde que possible du domaine en question. Pour ces raisons, je préfère ne pas m’engager  quand il s’agit de finances, de comptabilité,  de médecine ou de technique (cette énumération ne se veut pas exhaustive).

Si par contre, il s’agit de sciences humaines et sociales, de philosophie, de littérature, d’histoire, de religion, de psychanalyse, mais aussi de politique, ou encore d’art, architecture comprise, je peux, en raison de mes études et de mon travail scientifique pendant des décennies, et de mon expérience parallèle comme interprète  (et traducteur), répondre à ma propre exigence et garantir une qualité optimale de la traduction. Ceci m’a été confirmé des centaines de fois, et j’espère  que cela ne changera pas de sitôt.